Communiqué – Mort d’un nourrisson : une responsabilité collective face à l’exclusion et à la santé des femmes en situation d’itinérance
Communiqué de presse
Pour diffusion immédiate
Mort d’un nourrisson : une responsabilité collective face à l’exclusion et à la santé des femmes en situation d’itinérance
Saint-Lambert, le 5 novembre 2025 – À la suite du drame survenu à Longueuil, où un nourrisson a perdu la vie, La Table de concertation des groupes de femmes de la Montérégie (TCGFM) et la Table Itinérance Rive-Sud (TIRS) tiennent à rappeler que cet événement tragique met en lumière des enjeux systémiques persistants touchant les femmes en situation d’itinérance.
Partenaires du premier projet de recherche régional portant sur l’itinérance au féminin en Montérégie, les deux organisations et les chercheures impliquées déplorent qu’il ait fallu la mort d’un nourrisson pour que la société s’émeuve enfin d’une réalité qui perdure pourtant depuis des années. Pourquoi ne s’inquiète-t-on que lorsqu’un bébé en meure ? Pourquoi ne pas se préoccuper des femmes avant que l’irréparable ne survienne ? Pour Catherine Flynn, Ph.D, chercheure principale de l’étude Itinérance des femmes en Montérégie – Un portrait régional pour mieux répondre aux besoins, ce drame qui témoigne d’une extrême précarité n’est pas un cas isolé.
« Cet événement tragique doit servir d’électrochoc pour mettre en lumière les défaillances d’un système qui laisse encore trop de femmes sans ressources, sans logement et sans accès adéquat à des services de santé et de soutien social. Les femmes en situation d’itinérance vivent une réalité d’une extrême précarité, souvent marquée par la violence et la stigmatisation. Leur rapport aux institutions et aux organismes est fréquemment teinté de méfiance, fruit d’expériences de jugement ou de contrôle, particulièrement en lien avec leur expérience de maternité. » – Catherine Flynn, Ph.D.
Depuis plusieurs mois, nous menons une recherche qualitative visant à mieux comprendre les parcours et les besoins des femmes ayant vécu, vivant ou étant à risque de vivre une situation d’itinérance en Montérégie. À ce jour, ce sont 38 femmes qui ont été rencontrées par notre équipe afin de partager leur expérience. Bien que la collecte de données se poursuive, des constats préliminaires préoccupants émergent déjà :
- Des problèmes de santé graves, laissés sans réponse. De nombreuses femmes en situation d’itinérance vivent avec des problèmes de santé physique et mentale sérieux, souvent sans traitement. L’accès aux soins, aux médicaments et au suivi demeure hors de portée pour plusieurs, compromettant à la fois leur santé, leur sécurité et leurs possibilités de réinsertion sociale.
- Une spirale de précarité et de stigmatisation. La vie dans la rue aggrave les problèmes de santé déjà présents. Les conséquences des violences dont elles ont été victimes, leurs états de santé mentale ou leur consommation de substances psychoactives accentuent la stigmatisation dont ces femmes sont la cible, les enfermant dans une spirale où la maladie, la marginalisation et l’exclusion se renforcent mutuellement.
- Des trajectoires de soins marquées par le contrôle et les ruptures de services. Même lorsqu’elles parviennent à accéder aux soins, les femmes décrivent des expériences empreintes de coercition, de contrôle ou de jugement, plutôt que d’écoute et de soutien. À leur sortie d’hôpital, plusieurs se retrouvent livrées à elles-mêmes, sans suivi adéquat. Une absence d’accompagnement et de services de soutien adaptés à leurs réalités qui les ramène trop souvent vers la rue.
Un échec collectif qu’on ne peut plus ignorer
Ce drame ne doit pas être perçu comme un fait divers isolé, mais comme le symptôme d’un échec collectif quant à la protection des femmes les plus vulnérables. Selon le Comité Itinérance Femmes de la TIRS, il est essentiel de renforcer les mécanismes de soutien et d’accompagnement, pour assurer la continuité des soins. Il s’agit d’une responsabilité collective qui exige des actions concertées entre les milieux communautaires, institutionnels et gouvernementaux.
Les organismes communautaires, groupes de femmes et chercheuses travaillant auprès de ces femmes insistent sur l’importance d’adhérer à une approche féministe tenant compte des différentes réalités vécues. « En plus d’assurer la continuité des soins, il nous apparaît essentiel de sensibiliser le personnel des institutions en santé et services sociaux à l’importance d’une approche inclusive et non stigmatisante basée sur le respect, la dignité, l’inclusivité et la solidarité. » – Linda Crevier, directrice générale de la TCGFM. Ils appellent les instances gouvernementales à investir dans des services adaptés aux réalités des femmes en situation d’itinérance, incluant des espaces sécuritaires pour la grossesse et la maternité, permettant notamment de stabiliser leurs conditions de vie afin d’être en mesure de répondre à leurs besoins et à ceux de leurs enfants.
À propos de la recherche
La recherche partenariale Itinérance des femmes en Montérégie – Un portrait régional pour mieux répondre aux besoins est rendue possible grâce au financement accordé dans le cadre de l’Entente sectorielle pour la structuration Montérégienne du développement social 2023-2027. Elle vise à répondre au manque de données disponibles sur l’itinérance au féminin dans la région, à mieux comprendre les réalités et besoins spécifiques des femmes étant, ou ayant été, en situation d’itinérance ainsi qu’à émettre des recommandations quant aux ressources, services et pratiques nécessaires pour répondre adéquatement aux besoins des femmes, assurer leur sécurité, leur bien-être et leur stabilité.
À propos de la TCGFM
La Table de concertation des groupes de femmes de la Montérégie (TCGFM) est un regroupement d’organismes à but non lucratif engagés dans la défense des droits des femmes et l’atteinte de l’égalité entre les genres.
À propos de la TIRS
La Table Itinérance Rive-Sud (TIRS) est un regroupement d’acteurs de l’agglomération de Longueuil oeuvrant à la défense et la promotion des intérêts des personnes en situation d’itinérance ou à risque de l’être.
-30-
Sources :
Linda Crevier, directrice générale
Table de concertation des groupes de femmes de la Montérégie (TCGFM)
514-562-2436 / dg@tcgfm.qc.ca
Gilles Beauregard, coordonnateur
Table Itinérance Rive-Sud (TIRS)
438-504-5202/ coordo@tirs.ca
Unité d’enseignement en travail social,
Département des sciences humaines et
sociales, UQAC
418-254-8284 / cflynn@uqac.ca
Pour toutes demandes médias :
Catherine Flynn, Phd.,
Chercheure principale de l’étude
Télécharger le communiqué – PDF
Télécharger le communiqué – Word






