CJESH – Les jeunes et l’emploi

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CJESH

Bonjour chers partenaires et collaborateurs,

Des décisions inquiétantes sont actuellement prises par Services Québec quant à l’accès aux services d’employabilité pour les prestataires de l’assurance-emploi.
Il nous apparait important de vous en faire part.

Le 23 avril nous étions au micro du FM 103,3.  J’ai eu l’occasion d’aborder la situation des jeunes et du marché de l’emploi. (Début du sujet à 09 minutes 55 : https://www.fm1033.ca/podcast_fm1033/direction-emploi/)

J’y mentionne notamment une rumeur selon laquelle les prestataires de l’assurance-emploi (chômage) ne seront plus une clientèle priorisée par Services Québec.  Cette rumeur est maintenant confirmée, en tout cas pour la région de la Montérégie.  Ainsi, ces personnes ne seront pas référées vers des organismes spécialisés en employabilité comme le nôtre.   Déjà, dans la dernière année, on nous a dit que les personnes en emploi, même avec un emploi précaire, n’étaient pas priorisées, alors imaginez notre réaction en apprenant cette nouvelle.

Un manque à gagner de 145 millions $ au ministère
La ministre de l’Emploi au Québec explique cette décision par le non-transfert d’un montant de 145 millions $ par le fédéral vers le provincial.  Le ministère dit qu’il doit faire des choix.  L’un de ceux-ci est de ne plus financer des services pour les chômeurs.   Oui, oui, vous avez bien lu.  Depuis l’année dernière, une liste des clientèles prioritaires a été établie et jusqu’à tout récemment, elle incluait les prestataires de l’assurance-emploi.    Questionnée lors de l’étude des crédits, la ministre a mentionné que prioriser ne voulait pas dire exclure.   Cependant, j’aimerais vous informer de ce qu’elle n’a pas dit :

*   Dans les régions et sur le terrain, cette directive est administrée comme une exclusion.
*   Les organismes d’aide à l’emploi ne recevront pas de financement pour les services d’accompagnement vers l’emploi offerts à des personnes qui ne font pas partie de la liste des clientèles priorisées.

Autrement dit, on nous demande de sélectionner notre clientèle ou accepter de ne pas être financé si on aide une personne non priorisée qui cogne à notre porte.   D’ailleurs, lors du renouvellement de notre entente annuelle avec Services Québec, on nous a « reproché » d’avoir desservi des clientèles non prioritaires, dont des personnes en emploi, même si cet emploi était précaire et ne leur permettait pas de subvenir à leurs besoins de base.   Cela a pour conséquence que nous devons absorber « sur le bras» ou par nos autres financements les services rendus à plus d’une cinquantaine de personnes.

Les jeunes et l’emploi

*   Avant d’aller plus loin, j’aimerais vous parler de la situation du marché du travail.   Tout d’abord au Québec, on ne peut plus parler de pénurie de main-d’œuvre, il s’agit plutôt d’une pénurie de compétences.
*   Les postes disponibles demandent des qualifications et le nombre de personnes adéquatement formées selon ces exigences, ne sont pas suffisants.
*   Au mois de mars 2024, le taux de chômage chez les jeunes était à 12,6%.  C’est le pourcentage le plus élevé depuis septembre 2016 en excluant les années pandémiques de 2020 et 2021.
*   Le taux d’emploi recule depuis 6 mois consécutifs.  On entend beaucoup parler de fermeture d’entreprises, de mises à pied et de ralentissement économique.
*   Cet hiver, près de 3 400 travailleurs du secteur de l’animation et des effets visuels ont perdu leur emploi.   Une forte proportion de ces personnes sont de jeunes adultes de moins de 35 ans.
*   Tristement, un grand nombre de jeunes ayant décroché de l’école ou du cégep pendant la pandémie sont directement impactés par le ralentissement et la diminution des heures de travail dans les secteurs de la restauration et du commerce de gros et de détail.  Ils sont à risque de se retrouver au chômage sans qualifications et qui les aidera à trouver des options?

Concrètement ça veut dire quoi
Les jeunes adultes sont les premiers touchés par les variations économiques et ils sont oubliés actuellement dans les nouvelles décisions du ministère de l’Emploi.  La liste des clientèles priorisées par Services Québec est à la limite de la discrimination pour eux et pour plusieurs types de profils en situation de vulnérabilité ou à risque de l’être.

Par exemple Jessica, 26 ans, issue d’une minorité visible, travaille comme caissière à 15 heures semaine.  Puisqu’il lui reste au moins 40 ans sur le marché du travail, elle souhaite un autre emploi pour améliorer ses conditions de vie, mais elle n’est pas une priorité pour le gouvernement.  Pourquoi?  Parce qu’elle est âgée de plus de 24 ans, qu’elle occupe déjà un emploi, qu’elle n’est pas monoparentale et elle vit au Québec depuis 20 ans.

Autre exemple Jacob, 25 ans, problème de gaming, sans domicile fixe puisqu’il habite chez une tante en hiver et parfois chez des amis en été.  Il occupe un emploi 3 à 4 mois, puis il quitte sans avertissement.  Jacob ne correspond pas aux critères des clientèles priorisées.  Pourquoi? Parce qu’il n’est pas prestataire de l’aide sociale, qu’il n’a pas de casier judiciaire, il n’est pas autochtone, il a plus de 24 ans et il est Québécois.

Alors, si vous êtes âgés entre 25 et 55 ans, que vous êtes au Québec de plus de 5 ans, que vous n’avez aucun handicap, aucun casier judiciaire, n’êtes pas monoparentale, n’êtes pas autochtone, et vous vous retrouvez soudainement sur l’assurance-emploi (chômage), vous n’êtes pas éligibles aux services publics d’emploi et ce, même si vous êtes dans la merde financièrement et que vous ne savez plus par où commencer pour aller mieux.   Si vous êtes un contribuable qui se reconnait dans la description ci-haut, vous comprenez surement que ça n’a aucun sens.

Des organismes d’aide à l’emploi à qui l’on demande de ne plus desservir les chômeurs, cherchez l’erreur.   Et un ministère de l’Emploi qui n’a plus d’argent pour prioriser les chômeurs, à quoi sert-il?

C’est désolant de réaliser que nous sommes rendus tellement pauvres au Québec, que nous devons faire des choix sur qui a droit à des services ou non pour améliorer ses conditions de vie et contribuer à l’économie du Québec.

À nos partenaires et collaborateurs qui œuvrent dans les secteurs de la santé et des services sociaux, de l’aide alimentaire, l’aide au logement, vous avez surement réalisé, en lisant ces lignes, que l’affluence que vous avez connue cette année ne cessera pas d’augmenter.

À tous‧tes, nous tenons à vous assurer que peu importe cette nouvelle directive du ministère de l’Emploi, la mission du CJESH est d’offrir des services à tous les jeunes adultes peu importe leur statut socio-économique et c’est exactement ce que nous ferons, financés ou pas.  Personne ne passera de rayon x d’admissibilité en entrant au CJESH.  Les jeunes adultes de Saint-Hubert sont notre priorité et le resteront toujours!

Merci de nous avoir lu et souhaitons qu’un printemps ensoleillé amènera le désir de replace l’humain en priorité dans les décisions.

 

Guylaine Turpin

Guylaine Turpin